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PEA : comment ça marche — plafond, règle des 5 ans, fiscalité

Par Théophile Mazerolle · publié le 1ᵉʳ octobre 2026 · 9 min de lecture

L’essentiel

  • Un seul PEA par personne, ouvert à son nom : pas de compte joint. Dans un couple, chacun peut avoir le sien.
  • Le plafond de 150 000 € porte sur ce que vous versez, pas sur ce que le plan vaut. Les gains ne comptent pas.
  • Les 5 ans se comptent à partir du premier versement, pas de l'ouverture du compte.
  • Avant 5 ans, tout retrait, même partiel, ferme le plan (sauf exceptions), et le gain paie 12,8 % d'impôt plus 18,6 % de prélèvements sociaux.
  • Après 5 ans, les retraits partiels ne ferment plus rien, et le gain ne paie plus que les 18,6 % de prélèvements sociaux. Dans un retrait partiel, seule la part de gain qu'il contient est taxée.
  • Tant que l'argent reste dans le plan, vous pouvez vendre et racheter sans rien payer.

Un PEA est une enveloppe dans laquelle vous achetez des actions européennes, ou des fonds qui en détiennent, et dont les gains échappent à l'impôt sur le revenu si vous attendez 5 ans avant d'y toucher. Vous pouvez y verser jusqu'à 150 000 €. Après 5 ans, vous retirez quand vous voulez ; avant, un retrait ferme le plan. Et quelle que soit la date, les gains paient les prélèvements sociaux : 18,6 % en 2026.

Trois règles, donc : un plafond, une durée, une fiscalité. Chacune a un piège, et c'est ce que cet article détaille, avec un exemple chiffré, jusqu'au calcul d'un retrait partiel.

Ce qu'on peut mettre dans un PEA

Un PEA ne reçoit pas n'importe quel placement. On y trouve :

  • des actions de sociétés dont le siège est dans l'Union européenne ou dans un pays de l'Espace économique européen ;
  • des fonds (y compris des ETF, ces fonds cotés qui répliquent un indice) qui investissent plus de 75 % de leurs actifs en actions de ces sociétés.

C'est cette seconde règle qui explique qu'on trouve dans un PEA des ETF qui suivent un indice mondial ou américain : le fonds respecte la proportion d'actions européennes exigée par la loi grâce à un montage technique, tout en reproduisant la performance d'un autre indice. Chaque fonds indique s'il est « éligible au PEA » ; c'est à vérifier avant d'acheter, pas après.

Ce qu'on n'y met pas : des obligations, de l'immobilier, des actions de sociétés hors d'Europe achetées en direct, des cryptomonnaies.

Le PEA s'ouvre dans une banque ou chez un courtier. Il existe aussi sous forme de contrat chez un assureur, plus rare.

Le plafond : 150 000 € de versements, pas de valeur

Le plafond du PEA classique est de 150 000 €. C'est la règle la plus souvent mal comprise : elle porte sur la somme de vos versements, pas sur la valeur du plan. Les gains réalisés depuis l'ouverture n'entrent pas dans le calcul.

Concrètement, un PEA dans lequel vous avez versé 100 000 € et qui en vaut 180 000 € n'est pas plein : vous pouvez encore y verser 50 000 €. À l'inverse, un PEA qui a perdu de la valeur ne vous rend pas de place : si vous avez versé 150 000 € et qu'il n'en vaut plus que 130 000, vous ne pouvez pas compléter.

Deux variantes existent à côté :

  • Le PEA PME-ETI, réservé aux titres de petites et moyennes entreprises et d'entreprises de taille intermédiaire, a un plafond de 225 000 €. Vous pouvez détenir les deux, mais le total versé sur les deux plans ne peut pas dépasser 225 000 €.
  • Le PEA d'un jeune majeur rattaché au foyer fiscal de ses parents est limité à 20 000 € de versements, tant que dure ce rattachement. Un mineur, lui, ne peut pas ouvrir de PEA.

Pour suivre son plafond, il faut donc garder la trace de chaque versement, et non regarder la valeur affichée par le courtier. Ce n'est pas un détail : le dépassement du plafond des versements fait partie des causes de clôture du plan.

La règle des 5 ans : retirer sans fermer

L'âge du PEA est la clé de tout le reste. Il se compte à partir de la date du premier versement : ouvrir un plan et l'alimenter des mois plus tard, c'est démarrer le compteur des mois plus tard.

Avant la fin de la 5ᵉ année, tout retrait, total ou partiel, entraîne la clôture du plan. Il existe des exceptions, prévues par la loi, où un retrait partiel anticipé ne ferme pas le plan :

  • le licenciement, l'invalidité ou la mise à la retraite anticipée du titulaire, de son époux ou de son partenaire de Pacs ;
  • le retrait des titres d'une société en liquidation ;
  • un retrait réinvesti dans les 3 mois dans la création ou la reprise d'une entreprise.

Ces exceptions ont une contrepartie que l'on découvre souvent trop tard : selon Service-Public, après un tel retrait, le plan continue de fonctionner avec les sommes et les titres qui restent, mais il n'accepte plus de nouveaux versements, même si le plafond n'est pas atteint.

Après 5 ans, vous pouvez faire des retraits partiels sans fermer le plan. Il continue de fonctionner, et il reste possible d'y faire de nouveaux versements. Retirer 5 000 € d'un PEA de dix ans pour financer un projet ne vous fait donc pas perdre son ancienneté.

Au total, quatre événements ferment un PEA :

  1. un retrait avant 5 ans, hors des exceptions ci-dessus ;
  2. le non-respect d'une condition de fonctionnement, par exemple des versements au-delà du plafond ;
  3. le décès du titulaire ;
  4. après 5 ans, le retrait de la totalité des sommes et des titres.

Dans votre budget, un versement sur le PEA n'est pas une dépense, et l'argent qui en revient n'est pas une entrée du mois : c'est l'objet de l'article sur les versements.

La fiscalité : 0 % d'impôt, mais pas 0 % de prélèvements

Tant que l'argent reste à l'intérieur du PEA, vous ne payez rien : vendre une action avec un gain et racheter autre chose avec le produit de la vente ne déclenche ni impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux. C'est la différence majeure avec un compte-titres ordinaire.

L'imposition arrive au moment du retrait, et elle porte sur le gain : la différence entre la valeur du plan à la date du retrait et le total des versements effectués depuis l'ouverture. Les versements eux-mêmes vous reviennent sans impôt : c'est votre argent.

Pour un retrait partiel, tout le gain du plan n'est pas taxé d'un coup : seulement la part de gain que contient la somme retirée. L'administration fiscale la calcule ainsi :

gain taxé = retrait − retrait × (versements ÷ valeur du plan le jour du retrait)

Autrement dit, chaque euro retiré est fait de versements et de gain dans la même proportion que le plan entier. Le BOFiP, la documentation officielle de l'administration fiscale, donne cet exemple : un retrait de 6 000 € sur un plan qui vaut 10 000 € et a reçu 9 300 € de versements contient 6 000 − (6 000 × 9 300 / 10 000) = 420 € de gain. Lors des retraits suivants, les versements déjà « utilisés » par un retrait précédent ne sont plus comptés : le gain correspondant a déjà été taxé.

Ce gain est taxé selon l'âge du plan :

âge du PEA au retrait impôt sur le revenu prélèvements sociaux total sur le gain
moins de 5 ans 12,8 % 18,6 % 31,4 %
5 ans ou plus exonéré 18,6 % 18,6 %

Avant 5 ans, au lieu des 12,8 %, vous pouvez choisir lors de votre déclaration d'imposer l'ensemble de vos revenus de placement au barème progressif de l'impôt sur le revenu. Et dans certains cas, comme le décès du titulaire ou un financement de création d'entreprise, le gain d'un retrait anticipé échappe à l'impôt sur le revenu.

Ce qui a changé en 2026. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi du 30 décembre 2025) a relevé la CSG sur les revenus de placement à 10,6 %. Avec la CRDS (0,5 %) et le prélèvement de solidarité (7,5 %), les prélèvements sociaux atteignent 18,6 %, et c'est ce taux que l'administration fiscale applique aux gains du PEA. L'assurance vie, elle, reste à 17,2 %. Pour un plan très ancien, des règles particulières peuvent encore s'appliquer à une partie des gains : votre banque les calcule au moment du retrait.

Un exemple chiffré

Prenons un PEA alimenté pendant plusieurs années, avec des nombres ronds :

montant
total des versements 60 000 €
valeur du plan aujourd'hui 90 000 €

Le plafond. Seuls les versements comptent : 150 000 − 60 000 = 90 000 € de versements encore possibles. Les 30 000 € de gains n'y changent rien.

Le gain. 90 000 − 60 000 = 30 000 €. C'est la seule somme imposée ; les 60 000 € versés vous reviennent sans impôt.

Si le plan a plus de 5 ans et que vous le clôturez :

  • impôt sur le revenu : 0 € ;
  • prélèvements sociaux : 30 000 × 18,6 % = 5 580 € ;
  • vous récupérez 90 000 − 5 580 = 84 420 €.

Si le plan a moins de 5 ans (hors exceptions), le retrait le ferme et le gain paie les deux :

  • impôt sur le revenu : 30 000 × 12,8 % = 3 840 € ;
  • prélèvements sociaux : 30 000 × 18,6 % = 5 580 € ;
  • total : 9 420 € (soit 31,4 % du gain) ; vous récupérez 80 580 €.

L'écart entre les deux situations, 3 840 €, c'est exactement l'impôt sur le revenu que la règle des 5 ans fait disparaître. Les prélèvements sociaux, eux, sont dus dans les deux cas.

Si le plan a plus de 5 ans et que vous retirez seulement 30 000 €, il reste ouvert. Les versements représentent 60 000 / 90 000, soit les deux tiers du plan ; le retrait contient donc :

  • en versements : 30 000 × 60 000 / 90 000 = 20 000 € ;
  • en gain : 30 000 − 20 000 = 10 000 € ;
  • prélèvements sociaux : 10 000 × 18,6 % = 1 860 € ; vous recevez 28 140 €.

Le plan continue avec 60 000 € de valeur. Pour le prochain retrait, les versements comptés ne seront plus que 60 000 − 20 000 = 40 000 €.

Ces calculs disent combien le plan vous a rapporté en euros, pas à quel rythme par an : pour mesurer le rendement d'un PEA alimenté en plusieurs fois, voir comment calculer la performance de son portefeuille.

Questions fréquentes

Peut-on avoir deux PEA ?

Non : il est interdit de détenir en même temps plusieurs PEA classiques. En revanche, vous pouvez détenir un PEA classique et un PEA PME-ETI. Dans un couple marié ou pacsé, chacun peut ouvrir le sien, car un PEA ne peut pas être un compte joint.

Que se passe-t-il quand le PEA a dépassé 150 000 € de valeur ?

Rien de particulier. Le plafond porte sur les versements, pas sur la valeur. Un plan peut valoir bien plus de 150 000 € ; ce sont seulement les versements qui s'arrêtent une fois le plafond atteint.

Est-ce qu'on paie des impôts sur un PEA après 5 ans ?

Pas d'impôt sur le revenu, mais les gains compris dans un retrait paient les prélèvements sociaux, à 18,6 % en 2026. Tant que vous ne retirez rien, vous ne payez rien.

Puis-je retirer de l'argent de mon PEA sans le fermer ?

Après 5 ans, oui : un retrait partiel ne ferme pas le plan, qui continue de fonctionner et peut encore recevoir des versements. Avant 5 ans, tout retrait le ferme, sauf exceptions (licenciement, invalidité ou retraite anticipée du titulaire ou de son conjoint, création ou reprise d'entreprise, société en liquidation) ; et selon Service-Public, après un tel retrait, le plan n'accepte plus de nouveaux versements.

Quand commence le délai de 5 ans ?

À la date du premier versement. C'est pourquoi certains ouvrent un PEA avec un petit versement bien avant d'y placer des montants importants : le compteur tourne dès ce premier euro.

Sources

Cet article explique une méthode de calcul. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.